Analyse croisée des indicateurs macroéconomiques, MR, PS, Engagés

Analyse économique et sociale de la gouvernance belge (1980–2025)

Introduction

Cette étude propose une analyse comparative de l’impact des principaux partis francophones ayant participé aux gouvernements fédéraux belges entre 1980 et 2025, en croisant les dimensions économiques (croissance du PIB, emploi) avec celle du bien-être social. L’objectif est de dépasser une lecture purement macroéconomique et de considérer l’impact réel des politiques sur la qualité de vie des citoyens.

Cadre de l’analyse

Les trois formations examinées sont :
– le Parti Socialiste (PS), historiquement ancré dans les politiques de redistribution et de solidarité,
– le Mouvement Réformateur (MR), héritier du libéralisme économique belge,
– le Centre démocrate humaniste (cdH, devenu Les Engagés), issu de la tradition sociale-chrétienne.

Chacune a exercé le pouvoir à différents moments, seules ou en coalition, et a influencé les orientations économiques et sociales du pays. Trois indicateurs synthétiques ont été utilisés :
1. Croissance économique (capacité à générer de la richesse nationale),
2. Amélioration de l’emploi (réduction du chômage, dynamisme du marché du travail),
3. Bien-être citoyen (accès aux soins, équilibre vie privée-travail, satisfaction de vie, sécurité sociale).

Résultats comparés

L’analyse montre que le MR a favorisé des dynamiques économiques et une politique active de l’emploi, au prix d’une pression accrue sur les chômeurs et d’une perception d’inégalités croissantes. Le PS, quant à lui, a soutenu la stabilité sociale, la redistribution et le financement des services publics, parfois au détriment de réformes structurelles. Enfin, le cdH/Les Engagés ont historiquement joué un rôle d’équilibre et de médiation, assurant une certaine continuité sociale, mais sans impulser de grandes réformes ni transformations économiques majeures.

Quelque chiffre

Comptabilisation du nombre d’années de présence au gouvernement fédéral pour chaque parti francophone entre 1950 et 2025 :

PS : 52 ans au pouvoir

MR : 41 ans au pouvoir

Engagé : 50 ans au pouvoir

La fréquence de la participation 

La fréquence de la participation du PS, du MR (ou de ses prédécesseurs) et du cdH (ou de ses prédécesseurs) aux gouvernements fédéraux belges depuis 1950. Le PS a été un acteur majeur dans de nombreuses coalitions, souvent en alliance avec les sociaux-chrétiens ou les libéraux. Le MR, sous ses différentes appellations, a également été régulièrement présent, notamment dans les coalitions violette et arc-en-ciel. Le cdH, héritier du PSC, a participé à plusieurs gouvernements, en particulier dans les coalitions rouge-romaine et arc-en-ciel.

1950–1978 : Majorité, PSC (ancêtre du cdH), PSB (ancêtre du PS), parfois libéraux (PLP, ancêtre du MR).

1979–1981 : Gouvernements avec PSC et PSB.

1981–1988 : PSC en coalition avec libéraux (PRL), sans PS.

1988–1999 : PSC et PS au gouvernement.

1999–2003 : PS, PRL-FDF-MCC (→ futur MR), sans cdH.

2003–2007 : PS et MR au gouvernement.

2007–2011 : PS, MR et cdH ensemble au gouvernement.

2011–2014 : PS, MR et cdH (avec CD&V, Open VLD, etc.).

2014–2018 : MR seul représentant francophone au gouvernement (Gouvernement Michel).

2018–2020 : MR seul francophone.

2020–2024 : PS et MR ensemble au gouvernement (Vivaldi).

2025–présent : MR et Les Engagés (ex-cdH) présents ; PS exclu.

Résumé clair :

  • PS : presque toujours présent sauf 1981–1988, 2014–2020, et depuis 2025.
  • MR (ou ancêtres) : souvent présent, parfois seul (2014–2024).
  • cdH (ou ancêtres) : présent jusque 2011, puis marginalisé.

Tableau synthétique

Tableau synthétique de l’évolution des principaux indicateurs économiques de la Belgique entre 1980 et 2025, avec les partis francophones au pouvoir et dans l’opposition :

Observations

  • Dette publique : atteint un pic à 137,8 % du PIB en 1993, puis diminue jusqu’en 2007. Elle remonte après la crise de 2008, atteignant 112 % en 2020, avant de redescendre à 105 % en 2024 .​
  • Chômage : oscille entre 8 % et 10 % dans les années 1980-1990, diminue progressivement pour atteindre environ 5,5 % en 2023 .​
  • PIB : croît régulièrement, passant d’environ 100 milliards $ US en 1980 à plus de 630 milliards $ US en 2023 .​
  • PIB par habitant : augmente de manière constante, atteignant environ 53 000 $ US en 2023 .​
  • Taux d’emploi : amélioration notable, passant de ~65 % dans les années 1980 à environ 75 % en 2023 .​

Ref : Economy of Belgium Wiki

Analyse de l’impact des partis francophones

Analyse de l’impact des partis francophones (PS, MR, cdH/Les Engagés) sur l’évolution économique de la Belgique (1980–2025), basée sur la croissance du PIB, l’évolution de la dette publique, du taux d’emploi et du chômage durant leurs périodes de gouvernance :

Méthodologie

  • Périodes de gouvernance, seules les périodes où le parti est dans la majorité fédérale sont comptabilisées.
  • Critères analysés : croissance du PIB, réduction de la dette publique (% PIB), amélioration du taux d’emploi, réduction du chômage.
  • Pondération : indicateurs économiques pondérés de manière qualitative (car il est impossible d’isoler un seul parti dans un gouvernement de coalition).

Classement du moins optimum au plus optimum

3. cdH / PSC / Les Engagés – Moins optimum

  • Présent 50 ans, souvent comme force d’équilibre, rarement leader économique.
  • Périodes clés : 1980–1999 et 2007–2011.
  • Faiblesse majeure : pendant leurs périodes clés (années 80–90), la dette publique explose jusqu’à 135 % du PIB et le chômage stagne à 8–10 %.
  • Effets positifs : stabilisation institutionnelle, rôle de tampon entre PS et MR.
  • Impact économique net : très faible, souvent présent mais peu moteur sur les grandes réformes.

2. PS – Moyennement optimum

  • Présent 52 ans, très influent dans les périodes sociales et de redistribution.
  • Périodes clés : 1988–1999 (baisse forte de la dette), 1999–2007 (croissance), 2020–2024 (emploi record).
  • Forces : bonne gestion de la réduction de la dette dans les années 90 avec Dehaene, participation à des gouvernements sociaux performants sur l’emploi (Vivaldi).
  • Faiblesses : participation à des gouvernements lourds en dépenses, rigides sur les réformes structurelles, peu proactifs en innovation.
  • Impact économique net : positif, mais parfois freiné par une vision économique trop redistributive et peu orientée croissance structurelle.

1. MR / PRL / PLP – Le plus optimum

  • Présent 41 ans, mais souvent au pouvoir pendant les périodes de modernisation économique.
  • Périodes clés : 1999–2003 (croissance libérale sous Verhofstadt), 2014–2020 (gouvernement Michel avec réformes de l’emploi et réduction du chômage).
  • Forces : contribution à l’assainissement budgétaire, modernisation du marché du travail, réduction de la fiscalité sur le travail (tax shift).
  • Faiblesses : solitude francophone entre 2014–2020, difficulté de communication, tensions sociales (grèves, perte d’adhésion).
  • Impact économique net : le plus favorable, en particulier sur le taux d’emploi et la réduction du chômage à long terme, malgré une dette mal contenue à cause du contexte global (COVID, etc.).

Conclusion synthétique

Indicateurs de bien-être en Belgique (1980–2025)

1. Satisfaction de vie

  • Définition : Évaluation subjective du bien-être global sur une échelle de 0 (très insatisfait) à 10 (très satisfait).
  • Évolution : En 2023, la Belgique affiche un score moyen de 7,7, parmi les plus élevés de l’UE ​

2. Espérance de vie

  • Définition : Nombre moyen d’années qu’une personne peut espérer vivre à la naissance.
  • Évolution :
    • 1980 : 73,3 ans
    • 2023 : 82,3 ans
    • Augmentation notable, avec un écart entre hommes et femmes se réduisant.​

3. Équilibre vie privée–travail

  • Définition : Capacité des individus à concilier vie professionnelle et personnelle.
  • État actuel : En 2025, 64 % des travailleurs belges se déclarent satisfaits de leur équilibre vie privée–travail .

4. Confiance dans les institutions

  • Définition : Niveau de confiance des citoyens envers les institutions politiques.
  • Tendance : Entre 2018 et 2023, une baisse significative de la confiance, avec seulement 30 à 40 % de la population se déclarant confiante.​

5. Accès aux services essentiels

  • Éducation : Taux d’accès élevé, mais disparités régionales.
  • Soins de santé : Système de santé performant, avec des défis en matière d’accessibilité pour certaines populations.
  • Logement : Défis persistants en matière d’accessibilité financière, notamment à Bruxelles.
  • Culture : Offre culturelle riche, mais participation variable selon les groupes socio-économiques.​

6. Stress lié à la précarité

  • Définition : Niveau de stress ressenti en raison de l’insécurité économique ou de l’instabilité de l’emploi.
  •  État actuel : Environ 15 % des travailleurs se sentent souvent ou toujours émotionnellement vidés par leur travail

Ref : European Commission, Iweps, Belgique en bonne santé, Statbel, Emplois Belgique, Degand Partner, ManPower, OpenEdition

Analyse par parti (1980–2025)

🔴 Parti Socialiste (PS)

  • Périodes de gouvernance : 1988–1999, 1999–2007, 2007–2011, 2011–2014, 2020–2024.
  • Impact :
    • Renforcement des politiques sociales, contribuant à l’augmentation de la satisfaction de vie.
    • Investissements dans la santé et l’éducation, favorisant l’augmentation de l’espérance de vie.
    • Initiatives pour améliorer l’équilibre vie privée–travail, bien que des défis subsistent.
    • Efforts pour renforcer la confiance dans les institutions, avec des résultats mitigés.​

🔵 Mouvement Réformateur (MR)

  • Périodes de gouvernance : 1999–2007, 2007–2011, 2014–2020, 2020–2024.
  • Impact :
    • Politiques économiques axées sur la croissance, avec des résultats positifs sur l’emploi.
    • Réformes du marché du travail, parfois perçues comme augmentant la précarité.
    • Moins d’accent sur les politiques sociales, ce qui peut affecter la satisfaction de vie.
    • Confiance dans les institutions fluctuante, avec des périodes de baisse notable.​

🟠 Centre démocrate humaniste (cdH) / Les Engagés

  • Périodes de gouvernance : 1980–1999, 2007–2011.
  • Impact :
    • Approche centriste, visant à équilibrer les politiques économiques et sociales.
    • Moins de réformes majeures, mais contribution à la stabilité politique.
    • Impact modéré sur les indicateurs de bien-être, avec des résultats variables selon les périodes.​

Classement synthétique de l’impact sur le bien-être

Tableau comparatif des scores

Visualisation des résultats

Observations et Analyse finale

Croissance économique vs bien-être réel

Depuis 1980, la Belgique a connu une progression marquée de son PIB, une réduction du chômage, et une modernisation progressive de son économie. Ces résultats, souvent mis en avant par les gouvernements successifs, ont été salués par les institutions internationales comme l’OCDE ou le FMI. Mais une question fondamentale demeure, à quoi bon afficher de bons indicateurs économiques si, dans le même temps, une partie croissante de la population vit sous pression, dans l’angoisse du lendemain, ou dans la solitude ?

Quand les chiffres ne racontent pas toute l’histoire

Oui, le chômage a baissé.
Oui, le PIB par habitant a explosé en 40 ans.
Mais à quel prix ?

  • Une montée du stress et de l’épuisement professionnel, en particulier chez les travailleurs peu qualifiés ou isolés.
  • Une confiance en chute libre dans les institutions, symptôme d’un mal-être plus profond.
  • Une précarité rampante qui se cache derrière les mots comme « activation », « responsabilisation », « efficacité ».
  • Une difficulté croissante à se loger, à se soigner sans s’endetter, à conjuguer vie privée et exigences professionnelles.

Les politiques libérales ont oublié l’humain

Le MR, en imposant des réformes centrées sur l’offre, sur le marché, sur la compétitivité, a certes stimulé des indicateurs… Mais ce sont des indicateurs pour des feuilles Excel, pas des indicateurs de bonheur.

  • Le PS, malgré ses limites, a mieux préservé les piliers de la sécurité sociale et de l’accès à la santé.
  • Le cdH, sans grande envergure économique, a souvent servi de stabilisateur social.

Ce que cette lecture montre clairement, c’est que les périodes où le bien-être des citoyens s’est amélioré le plus sont celles où la protection sociale, l’accès aux services et le respect de la dignité humaine étaient des priorités politiques.

Coûts cachés de la politiques libérales

Pression, burn-out et explosion des coûts cachés

À force de mettre les travailleurs sous pression, de les menacer de sanctions, de les obliger à accepter n’importe quel emploi sous peine de radiation, on crée une société tendue, crispée, anxieuse.

Le résultat est connu, le burn-out devient la première cause d’incapacité de travail longue durée, y compris chez les jeunes. Et ce n’est pas seulement un drame personnel, c’est un gouffre économique :

  • Coût estimé des burn-outs pour la sécurité sociale, plusieurs milliards par an (incapacités, remboursements, soins, accompagnements).
  • Les malades « chassés » trop vite ne guérissent pas mieux, ils s’effondrent ailleurs, souvent aux CPAS, là où l’on pensait « faire des économies ».
  • Or les CPAS sont financés en partie par les communes, et pour absorber le choc, ce sont les taxes locales qui augmentent… touchant de plein fouet les travailleurs et classes moyennes.

C’est la politique du serpent qui se mord la queue, on punit la souffrance, on fragilise les malades, on paie la note collectivement.

L’économie du bien-être, pas du rendement aveugle

  • Il faut briser ce cycle absurde. Le rôle de l’État n’est pas de maximiser les colonnes d’un tableur, mais de garantir le bien-être réel de sa population. Cela inclut :
  • un accès digne aux soins,
  • un accompagnement humain vers l’emploi,
  • une sécurité de revenu sans humiliations,
  • et surtout, une prévention du mal-être au travail, avant qu’il ne devienne une bombe à retardement sociale et budgétaire.

Conclusion

Gouverner pour l’humain, pas pour les chiffres

Ceux qui se réjouissent d’un chômage en baisse à coups de radiations et de pressions oublient une chose, la souffrance ne disparaît pas parce qu’elle sort des statistiques. Elle se déplace, elle s’enracine ailleurs, elle coûte plus cher encore.
Et ces coûts-là, coût humain, coût moral, coût budgétaire, c’est le prix d’une politique qui a perdu le sens du réel. Si gouverner, c’est prévoir, alors commençons par prévoir une société plus juste, plus apaisée, plus humaine. Pas une machine à broyer ceux qui peinent à suivre.

Des citoyens heureux plutôt qu’un PIB souriant

Ce n’est pas à la croissance qu’il faut obéir.
Ce n’est pas à l’OCDE qu’il faut plaire.
C’est aux citoyens, à ceux qui souffrent en silence, à ceux qui n’ont plus confiance, à ceux qu’on appelle « assistés » mais qui sont souvent des victimes d’un système cassé, que la politique doit d’abord rendre des comptes.

Nous avons besoin d’une gouvernance qui place le bien-être au centre, pas comme un bonus, mais comme le cœur du projet politique. Car au fond, la richesse d’un pays ne se mesure pas à ses milliards, mais à la paix intérieure de ses habitants.

Gabriel KEVERS 30/04/2025 (c) Kevers.eu – assez.be

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